[The Angry Geek] "Sans Titre"

Publié le par Zanspi


Le second article des brèves sans le comptoir étant gelé pour cause d’anorexie intellectuelle, sautons-le, ainsi que le pas et la femme de ménage pour bondir sur l’article n° 3 : «sans titre ».
N’ignorant pas mon incompétence notoire pour la narration et mon penchant pour cette dernière, mettons en exergue ce paradoxe par le récit de l’origine de cet article.  Il naquit des excès de l’alcool et  de l’hypoxie inhérente à l’apnée allergique qui me happe chaque printemps. Ainsi, privée  d’oxygène et d’occupation, je ne peux m’empêcher de vous conter  cette rencontre des plus érotiques.

Une soirée comme de nombreuses autres passées et à venir, je vous donne en pâture un homme rompu au quotidien de son travail, de ses amis, de ces nuits propices à la masturbation puisque plus rien ni personne ne vous satisfait. Chemin faisant vers le domicile où l’attendait des  plaisirs de nombreuses fois mesurés, l’homme se décide à changer de trajet dans le vain espoir de briser la monotonie de ses journées.
Face à l’arrêt de bus, une lueur timide vacillait, assaillie par  la noirceur de la nuit qui se dressait tel un rempart  contre l’envahisseur qui culbute nos filles et nos compagnes (merci Desproges). Attiré par sa métaphore oh combien empruntée mais néanmoins brillante, l’individu se rapprocha de la source, pensant y trouver la réponse à la GRANDE QUESTION (ad vitam geekeam, pour les autres, demandez autour de vous bande d’ignares). Face à la grandeur de ses incommensurables attentes, l’homme restreignit ses attentes et chercha la réponse à une question plus classique :
«  Qu’est ce cette bande de pécores fait devant chez moi ? »

La foule, ignorante  son dessein, fit mine de ne pas avoir entendu la question qu’il avait pourtant hurlé (que voulez-vous, les gens se sentent  toujours la cible privilégiée des harangues généralisée). Ayant réussi à se frayer un chemin par les badauds, il saisit enfin la nature de l’ébahissement généralisé, et tomba à genoux ; elle était là, si belle, tels que seul l’attrait de la nouveauté peut rendre attirant ; et oui, enfin, après des années d’attente, casino avait installée une supérette dans la rue. 
Seigneur quelle beauté ! rien à voir avec le carrefour des plus vulgaire auquel l’homme fut fidèle pendant plus de cinq ans ; bien que culpabilisant de tromper son supermarché habituel, notre héros poursuivit plus avant ses pérégrinations en territoire vierge. Rien de neuf sous le soleil, mais pourtant un magasin comme à nul autre pareil, la caissière étant d’une beauté digne d’une prêtresse vestale.
 «Aimons donc, aimons donc ! De l'heure fugitive, Hâtons-nous, jouissons !»  aurait  il oser lui  déclamer s’il n’était pas tombé  en adoration . En effet, comment aurait-il pu la désirer, Elle, si parfaite, à tel point qu’on ne saurait l’imaginer autre qu’elle est, dénué de ses apparats, dévoilant sa volupté naturelle aux yeux de tous  avec ce détachement qui s’apparenterait  à de l’orgueil pour toute autre mais qui pour Elle,  ne serait  le reflet que de l’innocence des gens ignorant l’attirance qu’ils provoquent.

Prenant mon courage à deux mains, je jette cet  inélégant « il »   pour continuer ce récit avec l’humilité qu’implique l’emploi d’un  « je » révélant ainsi la véritable identité de ce dramatis persona. Après cet interlude censé permettre à vos neurones de refroidir, reprenons notre récit :
Avec la prudence qu’accompagne toutes les premières rencontres copulatoires (citons les principales : dépucelage, mariage et veuvage/divorce, la plus  jouissive à mon sens puis qu’elle s’accompagne de la liberté qu’elle l’implique), j’aborde la délicieuse inconnue et après moultes discussions dont je vous passe les détails, je la pénètre avec toute l’impétuosité de la jeunesse.
Quel plaisir ! Non pas que les choses furent devenues ennuyeuses avec celle qui partage mon quotidien, mais là! Je m’imaginais étreignant  la volupté même, sa croupe généreuse m’engageant à développer des trésors d’ingéniosité afin de jouir de nouveau et surtout de plus belle. Après de nombreuses prises de plaisir, s’ensuivit l’inexorable moment où l’on paye la facture, et à l’instant même, je redoutais le prix à payer pour un excès de plaisir  lorsque le centre de la logique de mon cerveau se remit à fonctionner. J’avais faim, j’avais froid ; vous savez ce froid  qui accompagne la culpabilité que l’on ressent lorsque l’on croise le regard de l’Autre, celle que l’on a trahit. Ainsi, épris de cette sensation,  j’approchais  mon visage d’Elle, et, son regard perdu dans le mien,  elle eu cette phrase terrible qui me poignarda au plus profond des entrailles :
-     « Vous avez la carte de fidélité du magasin ? »
-    « Euh, non… »  répondis-je, penaud
-    « vous savez que vous cumulez des points si vous achetez les produits  Carrefour, et qu’au bout de 5000 points, vous avez trois euros de réductions sur ces mêmes produits » insista t-Elle, dans l’espoir de mon corrompre
Ah la morue ! double trahison ! Non content d’avoir brisé mon fantasme comme on brise un cristal, elle prit un malin plaisir à me séduire, dégageant  cette attraction imprégnée de mystère, tout ça dans le simple but de rendre l’Autre jalouse ! Ah que m’espanouille ! Choqué par la cette vérité qui venait de m’éclater au visage comme une fiente de pigeon qui s’écraserait sur mes chaussures, je me ressaisis néanmoins  et déclamai  à la vilaine :
-    « Ah Madame, peu me chaut car, nous avons peut être convolé durant ces quelques instants d’égarement, mais mon cœur appartient  à une autre, alors cachez ce sein que je ne saurais voir et plantez vous votre carte là où je pense, car, Madame, vous ne sauriez me l’introduire où ça fait  mal : le portefeuille»

Avec le peu de dignité qu’il me fut possible de collecter, je m’enfuis de ce lieu de perdition en oubliant de payer la note, seul réconfort de cette soirée oh combien culpabilisante.
La semaine qui suivait, oubliant mes échauffourées avec Carrefour, je m’en revins à ma supérette habituelle. L’angoisse me gagnait, mais je ne pouvais me résoudre à m’enfuir, car il fallait que je sache si je pouvais  à nouveau soutenir le regard de celle que j’avais trahis. Je fis mes emplettes habituelles et me rendis à la caisse :
« Vous avez la carte de fidélité du magasin ? »
J’exultais.

   
PS : un concours est ouvert : celui qui trouve un titre à cet article gagne un bonbon Krema à la cerise (les meilleurs pour gens de haute extraction)


Le Geek Hargneux

Publié dans Tribune libre

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